Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?

Définition, procédure et indemnités
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Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est un mode de rupture du contrat de travail qui repose sur un accord mutuel entre le salarié et l'employeur. Introduite par la loi du 25 juin 2008 et inscrite dans le Code du travail (articles L1237-11 et suivants), cette convention permet de mettre fin à un contrat à durée indéterminée (CDI) en dehors d'un licenciement ou d'une démission. 

Le salarié bénéficie alors d'une indemnité spécifique de rupture et conserve son droit aux allocations chômage. Très utilisée depuis sa création, la rupture conventionnelle représente aujourd'hui une voie privilégiée pour quitter une entreprise dans un cadre sécurisé. En 2023, plus de 514 000 ruptures conventionnelles individuelles ont été homologuées en France [1]. Encore faut-il en connaître les conditions, la procédure, les délais et les pièges à éviter.

Points clés à retenir :

  • La rupture conventionnelle est un accord amiable entre un salarié en CDI et son employeur pour mettre fin au contrat de travail
  • Elle ouvre droit à une indemnité spécifique au moins égale à l'indemnité légale de licenciement
  • La procédure impose un ou plusieurs entretiens, la signature d'une convention, un délai de rétractation de 15 jours et une homologation par la DREETS
  • Le salarié conserve ses droits à l'assurance chômage auprès de France Travail
  • Une rupture conventionnelle peut être individuelle ou collective selon le contexte de l'entreprise
  • Bien préparée, elle constitue un tremplin idéal pour une reconversion professionnelle

Définition de la rupture conventionnelle

Une rupture du contrat de travail d'un commun accord

La rupture conventionnelle est définie par l'article L1237-11 du Code du travail comme une rupture amiable du contrat de travail à durée indéterminée. Elle se distingue clairement du licenciement (initiative de l'employeur) et de la démission (initiative du salarié) puisqu'elle suppose le consentement libre et éclairé des deux parties. Aucune des deux ne peut imposer cette procédure à l'autre.

Cette convention résulte donc d'un accord écrit, formalisé par un document spécifique (le formulaire Cerfa n°14598\*01 pour l'individuel) qui fixe les conditions de la rupture, notamment la date de fin du contrat et le montant de l'indemnité versée au salarié.

Rupture conventionnelle individuelle ou collective

Il existe en réalité deux dispositifs distincts :

  • La rupture conventionnelle individuelle : applicable à un salarié en CDI souhaitant quitter son emploi en accord avec son employeur.
  • La rupture conventionnelle collective (RCC) : créée par les ordonnances Macron de 2017, elle permet à une entreprise de réduire ses effectifs sur la base du volontariat, dans le cadre d'un accord collectif négocié avec les organisations syndicales.

Le saviez-vous ?

Depuis sa création en 2008, la rupture conventionnelle individuelle a connu une croissance continue. Elle représente désormais environ 15 % des sorties de CDI en France, ce qui en fait l'un des modes de rupture du contrat de travail les plus utilisés après la démission [1].

Les conditions pour bénéficier d'une rupture conventionnelle

Un dispositif réservé aux salariés en CDI

La rupture conventionnelle ne concerne que les salariés titulaires d'un contrat à durée indéterminée. Les CDD, les contrats d'apprentissage et les contrats de professionnalisation en sont exclus. Pour ces contrats, d'autres modes de rupture s'appliquent (rupture anticipée d'un commun accord, par exemple).

Aucune condition d'ancienneté n'est exigée par la loi : un salarié peut donc demander une rupture conventionnelle dès les premiers mois de son embauche. En revanche, l'ancienneté influencera directement le calcul de l'indemnité.

Le consentement libre des deux parties

L'élément central de la convention est le caractère libre du consentement. Si la rupture est imposée par l'employeur sous la menace d'un licenciement, ou si le salarié subit des pressions, la convention peut être annulée par le conseil de prud'hommes. La jurisprudence est constante : tout vice du consentement (violence, dol, erreur) entraîne la nullité.

Les cas particuliers à connaître

Certaines situations imposent une vigilance particulière :

  • Salariés protégés (représentants du personnel, délégués syndicaux) : la rupture conventionnelle nécessite l'autorisation de l'inspection du travail au lieu de l'homologation classique.
  • Salariés en arrêt maladie : la rupture conventionnelle est possible, sauf en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle où la jurisprudence est plus restrictive.
  • Congé maternité : la rupture conventionnelle est interdite pendant la période de protection légale.

Bon à savoir :

Une rupture conventionnelle peut être conclue alors qu'un litige existe entre le salarié et l'employeur, à condition que le consentement reste libre. Elle ne se substitue cependant pas à un licenciement pour motif disciplinaire ou économique : en cas d'abus, le juge requalifie la rupture.

La procédure de rupture conventionnelle étape par étape

Étape 1 : la demande initiale

La procédure débute par une demande, soit du salarié, soit de l'employeur. Cette demande peut être orale ou écrite, mais il est fortement recommandé de la formaliser par écrit (lettre recommandée ou e-mail) pour conserver une trace.

Étape 2 : le ou les entretiens préalables

L'article L1237-12 du Code du travail impose au moins un entretien entre les deux parties pour discuter des conditions de la rupture. Plusieurs entretiens peuvent être organisés. Lors de ces échanges, le salarié peut se faire assister par :

  • Un autre salarié de l'entreprise
  • Un membre du comité social et économique (CSE)
  • Un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale (si l'entreprise n'a pas de représentants du personnel)

L'employeur peut également être assisté, mais uniquement si le salarié l'est lui-même. Il doit en informer le salarié.

Étape 3 : la signature de la convention

Une fois l'accord trouvé, les parties signent le formulaire Cerfa officiel. Ce document précise :

  • L'identité des parties
  • Le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle
  • La date envisagée de rupture du contrat de travail
  • La signature des deux parties

Chacune des parties doit conserver un exemplaire original.

Étape 4 : le délai de rétractation de 15 jours

À partir du lendemain de la signature, un délai de rétractation de 15 jours calendaires s'ouvre pour chaque partie (article L1237-13 du Code du travail). Pendant cette période, le salarié comme l'employeur peuvent revenir sur leur accord, sans avoir à justifier leur décision. La rétractation doit être notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge.

Étape 5 : l'homologation par la DREETS

À l'issue du délai de rétractation, la convention est transmise à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) via le téléservice TéléRC. L'administration dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier la régularité de la procédure et le respect des droits du salarié. En l'absence de réponse dans ce délai, l'homologation est tacitement acquise.

Étape 6 : la fin effective du contrat

La rupture du contrat de travail intervient au plus tôt le lendemain de l'homologation. La date est fixée dans la convention en respectant ces délais. L'employeur remet alors au salarié les documents de fin de contrat : certificat de travail, reçu pour solde de tout compte, attestation France Travail.

Le saviez-vous ?

Environ 6 % des demandes d'homologation sont refusées par la DREETS, principalement pour des motifs de procédure (non-respect du délai de rétractation, indemnité inférieure au minimum légal, défaut d'entretien) [1].

L'indemnité de rupture conventionnelle : calcul et fiscalité

Le montant minimum légal

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, calculée selon l'article R1234-2 du Code du travail :

  • 1/4 du salaire mensuel par année d'ancienneté pour les 10 premières années
  • 1/3 du salaire mensuel par année d'ancienneté au-delà de 10 ans

Le salaire de référence correspond, selon le mode le plus favorable, à la moyenne des 12 derniers mois ou des 3 derniers mois (avec prorata pour les primes annuelles).

La négociation d'un montant supérieur

Rien n'empêche le salarié de négocier une indemnité supérieure au minimum légal, notamment lorsque l'employeur souhaite vivement obtenir son départ. De nombreux salariés expérimentés obtiennent ainsi des indemnités équivalentes à 6 mois, 12 mois voire plus de salaire selon le contexte. Un simulateur en ligne (disponible sur le site du ministère du Travail) permet d'estimer rapidement le montant minimum.

Fiscalité et cotisations sociales

L'indemnité de rupture conventionnelle bénéficie d'un régime fiscal et social favorable :

  • Exonération d'impôt sur le revenu dans la limite la plus élevée entre : le montant légal ou conventionnel, 2 fois la rémunération annuelle brute, ou 50 % de l'indemnité totale (avec un plafond à 6 PASS, soit environ 278 208 € en 2024) [2].
  • Exonération de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS.
  • CSG-CRDS dues sur la fraction exonérée de cotisations sociales mais supérieure à l'indemnité légale.

Bon à savoir :

Depuis le 1er septembre 2023, le forfait social de 20 % qui s'appliquait à la charge de l'employeur a été remplacé par une contribution unique de 30 % sur la part de l'indemnité exonérée de cotisations sociales. Cette réforme a légèrement complexifié l'arbitrage pour les employeurs.

Les droits du salarié après une rupture conventionnelle

Le droit aux allocations chômage

Contrairement à une démission, la rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations d'aide au retour à l'emploi (ARE) versées par France Travail, sous réserve de remplir les conditions habituelles (durée d'affiliation, recherche active d'emploi). C'est l'un des principaux atouts du dispositif.

Le versement de l'ARE débute après un différé d'indemnisation calculé en fonction de l'indemnité supra-légale perçue et des congés payés non pris, dans la limite de 150 jours (75 jours en cas de licenciement économique).

Le maintien de la mutuelle d'entreprise

Le salarié bénéficie de la portabilité de la mutuelle et de la prévoyance d'entreprise pendant une durée égale à celle de son contrat de travail, dans la limite de 12 mois. Cette couverture est gratuite, à condition d'être indemnisé par France Travail.

Le solde de tout compte et les autres indemnités

Au moment de la fin du contrat, l'employeur verse également :

  • L'indemnité compensatrice de congés payés non pris
  • Les éventuelles primes (13e mois, intéressement, participation) au prorata
  • L'indemnité compensatrice de préavis n'est en revanche pas due dans le cadre d'une rupture conventionnelle, car aucun préavis légal ne s'applique

La rupture conventionnelle comme tremplin vers une reconversion

Une opportunité pour préparer un nouveau projet professionnel

Pour beaucoup de salariés, la rupture conventionnelle représente une étape stratégique pour amorcer un changement de vie professionnelle. L'indemnité versée et les allocations chômage offrent une période de sécurité financière propice à la réflexion, à la formation et au lancement d'un nouveau projet.

Les motifs sont variés : reconversion vers un métier-passion, création d'entreprise, reprise d'études, mobilité géographique.

Se former pendant son indemnisation chômage

Le maintien des allocations chômage permet de suivre une formation diplômante tout en bénéficiant d'un revenu. C'est une période idéale pour préparer un diplôme reconnu par l'État dans un nouveau secteur. Les formations gestion ou les formations juridiques permettent par exemple d'acquérir rapidement des compétences recherchées sur le marché du travail.

Pour ceux qui souhaitent se réorienter vers les métiers du chiffre, le Graduate Comptable constitue une excellente porte d'entrée vers le métier de comptable, un secteur en forte demande. Les ressources humaines attirent également de nombreux profils en reconversion : le Bachelor Paie et Social prépare aux fonctions de gestionnaire de paie, métier en tension dans la quasi-totalité des entreprises.

Financer sa formation après une rupture conventionnelle

Plusieurs dispositifs permettent de financer une formation après une rupture conventionnelle :

  • Le Compte Personnel de Formation (CPF) : les droits acquis pendant la vie active restent mobilisables
  • L'Aide Individuelle à la Formation (AIF) de France Travail : pour compléter le CPF
  • Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) : à demander avant la fin du contrat
  • Le financement personnel : possible grâce à l'indemnité de rupture

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Les erreurs à éviter lors d'une rupture conventionnelle

Ne pas négocier l'indemnité

L'erreur la plus fréquente est de se contenter du minimum légal sans engager de négociation. Or, le contexte (ancienneté, niveau de responsabilité, besoin de l'employeur de se séparer du salarié) ouvre souvent une marge importante. Préparer un argumentaire chiffré est essentiel.

Signer sans relire la convention

La convention doit être relue attentivement avant la signature : date de fin du contrat, montant exact de l'indemnité, mention des congés payés, clause de non-concurrence éventuelle. Une fois homologuée, la convention est très difficile à contester.

Oublier le délai de rétractation

Le délai de 15 jours calendaires doit être strictement respecté. La date d'envoi de la demande à la DREETS ne peut intervenir qu'après l'expiration de ce délai, sous peine de refus d'homologation.

Négliger l'accompagnement juridique

Faire appel à un avocat spécialisé en droit social, à un conseil du salarié ou à un syndicat peut s'avérer précieux, surtout pour les ruptures impliquant des enjeux financiers importants ou des situations conflictuelles. Ce conseil sécurise la procédure et permet de défendre au mieux ses intérêts.

Bon à savoir :

La convention peut être contestée devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois à compter de la date d'homologation. Au-delà, aucune action n'est plus recevable, ce qui rend d'autant plus crucial le soin apporté à la rédaction du document initial.

Rupture conventionnelle ou autres modes de rupture : que choisir ?

Rupture conventionnelle vs démission

La démission est unilatérale et n'ouvre droit ni à indemnité, ni aux allocations chômage (sauf cas particuliers de démission légitime). La rupture conventionnelle est donc nettement plus avantageuse pour le salarié, à condition d'obtenir l'accord de l'employeur.

Rupture conventionnelle vs licenciement

Le licenciement (pour motif personnel ou économique) impose une procédure complexe et peut donner lieu à un contentieux. La rupture conventionnelle évite ce risque tout en garantissant les droits du salarié. Pour l'employeur, elle représente une sécurité juridique appréciable, à condition de respecter rigoureusement la procédure.

Rupture conventionnelle vs abandon de poste

Depuis la loi du 21 décembre 2022, l'abandon de poste est désormais considéré comme une démission, ce qui prive le salarié des allocations chômage. La rupture conventionnelle reste donc l'option la plus sécurisée pour quitter son emploi sans perdre ses droits.

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Conclusion

La rupture conventionnelle est aujourd'hui un outil incontournable pour quitter un emploi dans un cadre apaisé, sécurisé et avantageux pour les deux parties. Bien comprise et bien négociée, elle permet au salarié de bénéficier d'une indemnité, de conserver ses droits au chômage et d'aborder sereinement une nouvelle étape professionnelle. Pour transformer cette transition en réelle opportunité, la formation représente un levier puissant : se former pendant la période d'indemnisation, acquérir un diplôme reconnu par l'État et accéder à de nouveaux métiers porteurs.

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FAQ

Quel est le montant minimum d'une indemnité de rupture conventionnelle ?

Le montant minimum correspond à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 du salaire mensuel par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 du salaire au-delà. Le salaire de référence est calculé selon le mode le plus favorable au salarié (moyenne des 12 ou 3 derniers mois). Un simulateur en ligne du ministère du Travail permet d'estimer rapidement le montant légal. Rien n'empêche de négocier une somme plus élevée.

Peut-on refuser une rupture conventionnelle proposée par son employeur ?

Oui, totalement. Le consentement libre des deux parties est une condition essentielle de validité. Le salarié peut refuser sans avoir à se justifier, et ce refus ne peut en aucun cas constituer un motif de licenciement. En cas de pressions, le salarié peut alerter l'inspection du travail ou saisir le conseil de prud'hommes.

Combien de temps dure la procédure de rupture conventionnelle ?

La durée totale de la procédure est d'environ 5 à 6 semaines : un ou plusieurs entretiens, signature de la convention, puis 15 jours calendaires de rétractation, et enfin 15 jours ouvrables pour l'homologation par la DREETS. La date de fin de contrat peut être fixée librement par les parties, mais ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation.

La rupture conventionnelle ouvre-t-elle droit au chômage ?

Oui, c'est l'un de ses principaux avantages. Le salarié bénéficie des allocations d'aide au retour à l'emploi (ARE) versées par France Travail, sous réserve de remplir les conditions d'affiliation (avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois). Un différé d'indemnisation peut s'appliquer si l'indemnité versée dépasse le minimum légal.

Peut-on signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ?

Oui, dans la plupart des cas, la jurisprudence admet la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ordinaire, à condition que le consentement soit libre. En revanche, la situation est plus délicate en cas d'accident du travail, de maladie professionnelle ou de congé maternité, où la protection légale du salarié peut s'opposer à la signature.

Comment contester une rupture conventionnelle déjà signée ?

Une rupture conventionnelle homologuée peut être contestée devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois à compter de la date d'homologation. Les motifs de contestation sont principalement le vice du consentement (violence morale, pression, dol) ou le non-respect de la procédure. L'accompagnement d'un avocat spécialisé en droit social est vivement conseillé pour ce type de recours.

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